La balance des blancs, avant ou après ?

La balance des blancs est un réglage essentiel, intégré dans tous les appareils numériques. Il neutralise les dominantes de couleur indésirables. Il est ajustable à la prise de vue et en postproduction.

La balance des blancs permet de restituer les couleurs telles que l’œil humain les perçoit, sans dominante indésirable. Le mode automatique du boîtier délivre ici une image réaliste. Le gris du béton du Leitz Park, à Wetzlar (Allemagne) est rendu avec fidélité. Nikon D850.

Faites l’expérience suivante. Réglez votre appareil photo sur la balance des blancs automatique. Observez le résultat sur l’écran de l’appareil. Le plus souvent, dans des conditions de lumière naturelle, vous constaterez une bonne correspondance entre les couleurs affichées et celles de la scène que vous observez à l’œil nu. Parfois, la différence est plus ou moins tolérable, particulièrement pour les photos en éclairage artificiel. 

Balances de l’œil et l’appareil photo

Contrairement à un appareil photo, notre vision humaine neutralise en permanence toute dominante de couleur, de façon qu’un blanc soit perçu comme un blanc, indépendamment de la lumière qui l’éclaire.
Ce phénomène vaut surtout pour la lumière naturelle. Dans des univers spécifiques comme la lumière rouge d’un labo argentique ou en présence d’éclairage à spectre étroit, comme les LEDs colorés, les objets apparaissent avec la teinte de la source lumineuse.

Quoi qu’il en soit, un appareil photo n’offre pas encore la capacité d’adaptation et de neutralisation des dominantes par la vision humaine, fruit de millions d’années d’évolution. Les algorithmes de balance des blancs ont encore du travail devant eux.

En lumière du jour, la balance des blancs automatique de l’appareil restitue facilement les couleurs, sans dominante. En lumière artificielle, notamment sous l’éclairage nocturne des rues, la balance des blancs est souvent prise au dépourvue : l’appareil affiche des couleurs que l’œil ne perçoit pas. Leica M10-D.

Lumière du jour

Les films couleurs ou la pellicule de cinéma simplifient la donne : ils sont équilibrés pour une lumière du jour à 5500 K ou pour une lumière tungstène à 3200 K. Quand la température de couleur s’écarte de ces valeurs, une dominante apparaît. Les appareils numériques ont plus de souplesse. Par exemple, le menu d’un Nikon D850 comporte 16 préréglages, dont 4 automatiques, un tungstène, un flash, 3 lumières du jour, 7 variations pour les tubes fluorescents, etc. ainsi qu’un réglage sur mesure.

Menu d’un Nikon D850. Chaque boîtier dispose d’un menu étoffé de paramètres de balance des blancs. Si le mode automatique présente de bons résultats dans la plupart des cas, les modes manuels comme Incandescent, Fluorescent, Ensoleillé, Flash, etc. assurent une bonne cohérence de température de couleur sur une série d’images réalisées dans les mêmes conditions d’éclairage.

Automatique ou fixe

Les préréglages de balance des blancs sont utiles pour obtenir des couleurs justes, sans dominantes désagréables, particulièrement quand on enregistre les images en Jpeg, dont les capacités de rattrapage des dominantes sont restreintes en postproduction. Mais cela demande de la discipline et de l’anticipation, à chaque fois que la température de couleur varie de façon significative. Si la fonction automatique est très souvent performante, un photographe ayant la culture du Kodachrome et du film inversible pourra sélectionner le préréglage de lumière ensoleillé pour les prises de vues en extérieur qui est fixé à 5500 K.

En extérieur, une balance des blancs calée sur le préréglage de temps ensoleillé nous place dans les conditions de prise de vue avec du film inversible équilibré pour la lumière du jour à 5500 K, tel autrefois le fameux Kodachrome. Leica M10.
Une balance erronée à la prise de vue. L’appareil, un Nikon D600, est resté en balance des blancs calée sur Incandescent. On a le même effet que si l’on photographie avec un film équilibré à 3200 K en lumière du jour : l’image est bleue. Si l’enregistrement est uniquement en Jpeg et non en Raw, la neutralisation du bleu fausse la restitution des autres couleurs.

En studio, la charte de référence

En studio, le préréglage flash correspond à la température de couleur des flashes qui est similaire à celui de la lumière du jour (5500 K). Une charte (comme le ColorChecker de Calibrite ou de X-Rite, ou le Spyder Checkr de Datacolor) aide à déterminer une balance des blancs personnalisée dès la prise de vue. En postproduction, elle offre une fonction similaire. Une charte est particulièrement utile quand le sujet ne comporte pas de valeur neutre qui puisse servir à neutraliser les dominantes. Il est primordial d’enregistrer les fichiers au format Raw pour obtenir une fidélité des couleurs optimales en postproduction.

En studio, une charte comme le ColorChecker de X-Rite ou de Calibrite permet de faire une balance des blancs juste, aussi bien en préréglage de prise de vue qu’en postproduction.

Postproduction

Tous les logiciels de traitement des Raw possèdent eux aussi des préréglages de balance des blancs. Ils sont souvent négligés au profit d’une balance personnalisée effectuée à la pipette. Ils apportent souvent un traitement satisfaisant, quand on est insatisfait de la balance initiale ou quand on ne sait trop quelle zone de référence utiliser pour effectuer la balance avec la pipette. Par exemple, sur un portrait, quel blanc sélectionner pour neutraliser une dominante en l’absence d’une charte de référence ? Le blanc de l’oeil ? Ce choix n’est pas toujours pertinent. Si la pipette ne vous donne pas satisfaction, ni le préréglage, vous devrez effectuer un ajustement manuel sur l’axe de température de couleur bleu-jaune et sur l’axe de teinte magenta-vert.

Dans un programme de traitement d’image comme Lightroom, on retrouve les préréglages de base des appareils photo quand le fichier développé est un Raw. Ce menu souvent négligé au profit de la pipette offre des résultats intéressants pour homogénéiser une série réalisée sous un même éclairage.
La pipette de balance des blancs est a priori l’idéal pour neutraliser les dominantes indésirables. Mais en l’absence de charte de référence, on doit trouver dans l’image une surface censée être gris neutre. Le métal réfléchit l’éclairage ambiant, il peut donc servir de référence.

Fidélité des couleurs et dominante volontaire

Votre écran doit être calibré pour que la balance des blancs soit adéquate et corresponde réellement à ce que vous voyez. Dans le logiciel de postproduction, démarrez avec le préréglage qui est le plus proche de ce que vous souhaitez obtenir, puis commencez par modifier le curseur de température (les flèches du clavier modifient la TC par palier de 50 K). Puis passez à la teinte pour neutraliser la dominante magenta ou verte. Enfin, n’oubliez pas que la balance des blancs est aussi un choix personnel et qu’une légère dominante ajoute souvent du caractère à l’image.

L’ajustement manuel de la balance des blancs s’obtient en jouant sur l’axe de température de couleur bleu-jaune et sur l’axe de teinte magenta-vert.
Si le premier offre un réglage par progression d’une unité, les modifications, même légères, sont plus visibles par paliers de 10 à 50 K.

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Texte et photos : Philippe Bachelier, professeur de Techniques d’impression à Spéos