Depuis 20 ans, les progrès des capteurs sont considérables. Parallèlement, les logiciels d’aujourd’hui donnent une nouvelle jeunesse aux Raw des boîtiers d’autrefois. Tour d’horizon.

Les performances des appareils numériques n’ont cessé de progresser depuis vingt ans, de façon spectaculaire. Les définitions des capteurs plein format et APS-C sont passées de 6 MP à 60 MP (notamment les Sony A7 R5, 61 MP ; et Leica M11, Q3 ou SL3 à 60 MP). Les dynamiques ont gagné plusieurs IL, passant de 10 à 14,8 IL, selon les tests de DXOMARK. Les mesures du bruit acceptable, toujours d’après DXOMARK, étaient de 500 ISO il y a deux décennies, contre 3700 ISO aujourd’hui. Les logiciels, de leur côté, ont également beaucoup évolué. En 2003, Lightroom n’existait pas.
La première version de Camera Raw naissait. Capture One s’ouvrait aux autres boîtiers que ceux de sa marque. Dans le traitement des images, assiste-t-on à un progrès similaire à celui des capteurs, notamment pour le format Raw ?
Raw vintage
En revisitant nos archives numériques, les premiers Raw enregistrés datent de 2003 à 2005. Déjà du vintage ! Ils proviennent de plusieurs boîtiers : Fujifilm S2 Pro ou Nikon D100, commercialisés en 2002, Kodak DCS Pro 14n en 2003. La tentation était grande de les redévelopper et de comparer le résultat aux fichiers Jpeg ou Tiff exportés à l’époque. Signalons tout de même quelques différences d’environnement qui pourraient aussi expliquer les écarts. Au début des années 2000, les moniteurs à tube cathodique équipaient la plupart des studios professionnels. Leur taille était de 17 ou 19 pouces. On apprécie différemment le traitement d’une image sur un écran plat de 27 pouces que sur un écran CRT de 17 pouces.


Compatibilité et obsolescence
Les bonds technologiques jalonnent l’histoire du numérique. Reste un écueil : les incompatibilités et l’obsolescence des outils. Bonne nouvelle : les Raw d’un Fujifilm S2 Pro, à l’instar des boîtiers de la même génération, sont toujours développables par Camera Raw, Lightroom, Capture One ou Silkypix Raw File Converter EX mais l’application de DXO PhotoLab ne les a jamais reconnus. Les logiciels d’Adobe possèdent la plus grande liste d’appareils compatibles dans le registre du format Raw.
Il est donc tentant de se focaliser sur Lightroom ou Camera Raw. La réduction du bruit avec IA, qui n’a cessé d’évoluer, fonctionne très bien avec ces fichiers.



Version du processus
L’évolution constante des logiciels fait en sorte que ce que l’un gagne à un moment est rattrapé par la concurrence assez rapidement. Force est de constater que c’était le cas, par exemple, pour la récupération des hautes lumières sur une image que nous avions prise avec un Nikon D100.
Capture One offrait une meilleure récupération. Mais avec la dernière version du processus de Lightroom, ce n’est plus le cas. Quoi qu’il en soit, à un moment donné, sur des images anciennes qui posent des problèmes techniques, il reste toujours intéressant de voir ce que proposent les concurrents.



Les premières versions du processus d’étalonnage de Lightroom ne récupèrent pas aussi bien les hautes lumières que la dernière version (version 6). Les hautes lumières brûlées sont signalées en rouge dans le module de développement.
Définition et taille de fichier
Dans un autre registre, par curiosité, nous avions doublé en 2003 une prise de vue à la chambre 4 × 5 pouces en Ektachrome par une photo numérique avec le Fujifilm S2 Pro. Le Tiff de l’époque, généré à l’aide du logiciel de dématriçage Fujifilm fourni avec l’appareil, présente une netteté perfectible. Le Tiff généré à partir du Raw dans la dernière version de Lightroom présente un gain global de netteté et de définition. Le phénomène est perceptible sur toutes les images prises avec cet appareil. Si le bond qualitatif ne transforme pas le capteur de 6 MP en un foudre de définition, les images gagnent en détail et en nuances. Bref, les logiciels d’aujourd’hui offrent des gains réels, méritant de revisiter nos anciennes images, même s’il ne faut pas en attendre les mêmes prouesses que celles de l’évolution des capteurs.



A partir d’un Raw, un fichier Tiff a été enregistré en 2003, avec le logiciel de dématriçage Fujifilm Raw Converter fourni avec l’appareil. A l’époque, il fournissait un meilleur résultat que Camera Raw qui en était à sa première version. L’image est enregistrée en 6 MP.
Le Tiff obtenu avec la dernière version de Lightroom montre un gain bien visible en termes de définition. La taille d’origine à 6 MP peut être augmentée dans Photoshop avec de l’IA générative comme Firefly, mais c’est une autre histoire.
Découvrez les formations proposées par Spéos pour devenir photographe
Spéos propose différentes formations allant du simple stage de photographie en une semaine (initiation et perfectionnement) à des formations en 3 ans. Les formations longues pour devenir photographe professionnel permettent non seulement de maîtriser toute la technique et le vocabulaire photographiques (flous, hyperfocale, zone de netteté, profondeur de champ, contre-jour, focale, déclencheur, autofocus, grand-angle, règle des tiers, etc.), mais aussi toutes les étapes de shooting et de traitement d’image.
Venir visiter l’école permet de découvrir les locaux, les studios et les équipements. En plus des journées portes ouvertes, Spéos propose tout au long de l’année des visites sur rendez-vous pour venir découvrir l’école en compagnie d’un membre de l’équipe.
Texte et photos : Philippe Bachelier, professeur de Techniques d’impression à Spéos