L’intelligence artificielle augmente les performances des appareils photo et des logiciels. Les algorithmes de réduction du bruit révèlent les couleurs d’origine et des détails insoupçonnés. Infox ou réalité ? Voici comment le vérifier.

Le bruit monte avec les sensibilités ISO élevées. Cette série d’un même sujet prise avec un Nikon D850, de 100 à 51200 ISO, permet de voir la dégradation progressive des couleurs et des détails à partir de 6400 ISO, sans traitement spécifique du bruit.
Adobe propose une réduction du bruit par IA depuis 2023 pour ses logiciels de traitement d’image. DXO l’avait précédé en 2020 avec DeepPrime, et Topaz Denoise en 2019. Les versions 2026 de ces logiciels propulsés à l’intelligence artificielle gagnent à la fois en qualité et en rapidité de traitement.
Il n’empêche qu’une question taraude notre esprit dès que l’IA est utilisé : info ou infox ? Les couleurs et les détails restitués par la réduction du bruit correspondent-ils à la réalité ou non ?
ISO, bruit et IA
Le bruit monte avec un réglage d’ISO élevé. En fonction de la génération du capteur et de sa taille, le bruit pourra intervenir de façon gênante dès 800 ISO ou seulement à 5000 ISO. Quel que soit le capteur, quand nous photographions avec des ISO élevés, c’est essentiellement pour deux raisons.
La première est esthétique : nous recherchons un aspect granuleux. La seconde est un pis-aller pour contourner un éclairage en faible lumière en maintenant une vitesse d’obturation courte.


La prise de vue à 100 ISO (à gauche) sert de référence pour le futur traitement des photos prises en haute sensibilité, comme celle-ci prise à 102 400 ISO.
La satisfaction du débruitage se fait par rapport au souvenir que l’on a de la scène et du sujet.
Car il est rare qu’on prenne une photo témoin de la scène en sensibilité ISO faible afin de comparer la qualité d’image aux extrêmes de la sensibilité du capteur. En ISO très élevé, les détails de l’image s’estompent, les couleurs apparaissent désaturées, avec des bascules.
La récupération des détails et des couleurs par l’IA surprend tellement qu’on peut se demander si elle ne nous leurre pas. À l’heure des débats sur l’usage de l’IA sur les réseaux sociaux où l’infox concurrence la réalité, comment le vérifier ? Voici une procédure simple et efficace.
Organisation de la séquence de prises de vues
En basse sensibilité, le rendu des détails et des couleurs est le plus conforme au sujet photographié. Faisons donc l’exercice suivant : une série de prises de vues au format Raw d’un même sujet en augmentant par paliers le réglage de la sensibilité. La valeur du diaphragme doit être la même pour toutes les photos afin d’obtenir la même qualité optique sur toutes les vues.
Cela implique aussi de travailler dans un environnement peu lumineux pour éviter d’être bloqué en très haute sensibilité par une vitesse indisponible. Par exemple, si l’obturateur du boîtier est limité à 1/8000 s et que le diaphragme est réglé sur f/8, la sensibilité de 102 400 ISO implique un couple diaphragme-vitesse de 1/8000 s à 102 400 ISO pour f/8, soit l’équivalent de ⅛ s à f/8 pour 100 ISO.

L’utilisation d’un trépied s’impose pour éviter tout risque de bougé, car la prise de vue en faible sensibilité va probablement requérir une vitesse d’obturation lente.
Comparaison des traitements
Les prises de vues sont ensuite traitées dans Lightroom, DXO PhotoLab ou PureRaw ou des alternatives comme Topaz DeNoise. Signalons toutefois que le temps de traitement dépend des performances de la carte graphique de l’ordinateur.
Nous recommandons un processeur M chez Apple et une carte graphique de type NVIDIA RTX sur un PC. L’image en basse sensibilité, non débruitée, sert de référence pour la comparer avec les photos débruitées prises en haute sensibilité. Le débruitage peut être plus ou moins dosé.

Dans ses premières versions de réduction du bruit par IA, Lightroom générait un DNG débruité.
Aujourd’hui, la réduction du bruit est intégrée au fichier Raw natif. Le temps de traitement dépend de la puissance de la carte graphique. La durée indiquée est approximative.


DXO propose sa réduction DeepPrime avec ses logiciels PhotoLab et PureRaw. Le curseur de luminance est réglé par défaut sur 40. La fenêtre de visualisation ne rend pas bien justice au résultat final. Seule l’exportation en DNG permet de vérifier le bon dosage de réduction du bruit.



Avant-après Lightroom
À gauche, une sélection d’un fichier Raw de Nikon D850 pris à 102 400 ISO sans traitement.
Au milieu, la réduction de bruit effectuée par IA avec le curseur positionné à 50 fait disparaître la majeure partie du bruit, délivre une bonne récupération des détails et des couleurs, notamment dans les rouges.
A droite, en poussant le curseur à 80, le bruit est mieux maîtrisé.


Avant-après DXO
À gauche, la même sélection du fichier Raw. À droite, la réduction de bruit effectuée par DXO DeepPRIME XD3, le tout dernier traitement élaboré par DXO. Avec le curseur positionné par défaut à 40 le bruit est moins présent que l’AI d’Adobe, la récupération des détails est plus satisfaisante, et les couleurs plus vives.


DXO vs Adobe
Avec les réglages par défaut (curseurs à 40 pour DXO DeepPrime et 50 pour Lightroom), le traitement du bruit par DXO DeepPrime est plus convaincant que celui d’Adobe, notamment sur la restitution des couleurs.
Le rouge est ici plus fidèle à la scène originale.



De 100 ISO à 102 400 ISO
Comparons la prise de vue à 100 ISO, au milieu, avec celle à 102 400 ISO, traitée dans Lightroom (à gauche) et dans DXO PhotoLab (à droite). Le traitement de DXO est plus fidèle pour le rendu des couleurs. Le bruit est mieux maîtrisé.
En revanche, on se rend compte que les détails des tissus ont disparu à 102 400 ISO, dans les deux traitements.
Verdict
L’appréciation de la réduction du bruit est une affaire personnelle. Nous pensons qu’un soupçon de bruit donne un peu de structure à l’image. Une photo trop lissée donne un aspect artificiel.
À chacun de trouver le juste équilibre entre une suppression satisfaisante du bruit et un lissage tolérable des détails.
Verdict ? DXO démontre un meilleur traitement qu’Adobe pour la restitution des couleurs et la réduction du bruit. Une comparaison avec d’autres logiciels serait intéressant, mais dépasse le cadre de cet article. A vous de jouer.
Quoi qu’il en soit, l’IA nous bluffe par ses progrès en réalisme, même s’il reste encore perfectible, notamment pour la restitution des détails. On n’atteint pas la qualité d’une image prise à la sensibilité native du capteur, mais on s’en rapproche partiellement.
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Texte et photos : Philippe Bachelier, professeur de Techniques d’impression à Spéos