Mesurer la lumière

Pour que l’appareil enregistre l’image souhaitée, la mesure de la lumière est essentielle. De façon automatique ou manuelle, avec la cellule de l’appareil ou un posemètre indépendant, voici les clés pour une exposition adéquate.

Les appareils numériques mesurent la lumière avec une grande sophistication pour affronter toutes les situations d’éclairages, naturels ou artificiels. Au cœur de la mesure est le posemètre. Son fonctionnement est généralement décliné sur quatre modes : évaluatif (encore appelé matriciel, multizone ou matrix selon les marques), pondéré central, spot et intégral.

Mesure intelligente

La mesure évaluative compare les luminances de la scène à celles d’une série d’images types enregistrées dans le logiciel de l’appareil. Elle peut même prendre en compte les visages. Le réglage diaphragme-vitesse est déterminé en fonction de la sensibilité ISO, de façon à préserver des détails dans les hautes lumières et dans les ombres. 

Ce mode offre de bons résultats pour le tout venant, d’autant que les erreurs d’exposition se rattrapent souvent en postproduction avec les fichiers Raw. Signalons que les capteurs ont plus de tolérance pour une forte sous-exposition qu’en cas de trop grande surexposition.

  • Multi : L’exposition optimale est calculée à partir des luminances des multiples zones de l’image.
  • Pondéré central : Mesure la luminosité moyenne de l’ensemble de l’image, en mettant l’accent sur la zone centrale de l’écran.
  • Spot : Mesure ponctuelle sur une partie spécifique de l’image. La taille du cercle de mesure est variable.
  • Intégral : Mesure moyenne de toute l’image.
  • Hautes lumières : La mesure prend en compte la luminosité des hautes lumières, afin d’éviter la surexposition.

Gris 18 %, Mode de mesure standard

Les autres types de mesure, pondérée centrale, spot et intégrale, reposent sur le principe que les scènes les plus courantes réfléchissent en moyenne 18% de la lumière qu’elles reçoivent. C’est le principe standard des posemètres. Le réglage diaphragme-vitesse est calculé sur ce critère. Une interprétation de la mesure est souvent nécessaire, car elle traduit tout en un gris moyen de 18 %, ce qui ne convient ni aux sujets très clairs ni aux sujets très foncés. 

La mesure pondérée centrale privilégie le centre de l’image, la mesure spot un cercle central correspondant à 5 % de l’image et la mesure intégrale l’ensemble du cadre. Certains appareils proposent des modes plus sophistiqués : spot pour les hautes lumières et les basses lumières, matricielle avec prise en compte spécifique des hautes lumières, etc.

Mesure spot

La mesure spot est très intéressante. Elle calcule l’exposition en fonction d’une zone précise et permet d’évaluer quelle partie de l’image risque une surexposition irrattrapable. Selon les capteurs, par rapport à une mesure spot, un écart de + 2,5 à 3,5 IL est tolérable sur les fichiers Raw, avec des hautes lumières récupérables en postproduction. Par exemple, pour une zone mesurée 1/1000 s à f/8, si l’exposition de la prise de vue est 1/125 s à f/8, il y a +3 IL par rapport à la mesure.

Vérification de la mesure

Avec un appareil réflex, la prise de vue se vérifie après le déclenchement. L’écran arrière peut afficher les zones écrêtées et l’histogramme de l’image. Si l’exposition ne convient pas, on refait la photo. Cette approche fonctionne avec un sujet statique, quand la lumière ne change pas, en extérieur comme en studio. 

Quand la situation est fluctuante, anticiper est primordial pour éviter une surexposition ou une sous-exposition excessive. Avec un appareil hybride, la vérification est instantanée puisque l’histogramme et l’écrêtage des hautes lumières peut s’afficher dans le viseur, au moment de la prise de vue.

Anticiper la mesure

Il est très tentant de laisser l’appareil décider pour soi en mode d’exposition automatique (priorité diaphragme, priorité vitesse ou programme) et d’ajuster l’image en postproduction. Cette démarche fonctionne souvent. Mais elle est parfois problématique avec les sujets à large plage dynamique comme les scènes à fort contraste et les contre-jours, quand on souhaite conserver des détails dans les hautes lumières. 

Sur un appareil hybride, l’histogramme est affichable dans le viseur : il suffit de se caler en mode matriciel et d’éviter de faire buter l’histogramme sur la droite. En mode de prise de vue manuel, on joue sur la vitesse ou le diaphragme. Avec les modes automatiques P, S ou A, on ajuste la compensation d’exposition. 

Avec un réflex, si l’on doit opérer rapidement, on dirige l’appareil vers les hautes lumières, on mémorise la mesure, on effectue le cadrage et on déclenche. Et régulièrement on fait ses gammes, comme un musicien, avec des photos prises dans toutes sortes de conditions de lumière pour maîtriser les compensations à effectuer par rapport aux indications de la cellule. Ça s’appelle le métier.

Le smartphone comme posemètre

Chaque métier à ses outils. Le posemètre indépendant fait partie de l’arsenal traditionnel du photographe, notamment en argentique. Mais avec les appareils numériques d’aujourd’hui, est-ce encore utile ? Des applications de posemètre pour smartphone, comme myLightMeter ou LightMe, suppléent l’absence de cellule des vieux appareils argentiques. Mais elles ne sont pas toujours fiables. 

Autre limite, elles sont réservées à la mesure de la lumière réfléchie. Quand le sujet réfléchit la lumière en-deçà ou au-delà de 18 %, la mesure en lumière incidente est plus efficace : on ne se préoccupe pas de compenser les indications d’exposition de la mesure réfléchie. Mais elle impose une contrainte : la mesure se fait près du sujet, avec le posemètre dirigé vers l’appareil. La lumière incidente requiert un dôme intégrateur, comme celui du Datacolor LightColor Meter, connecté à un smartphone avec une application dédiée.

Le posemètre indépendant

Les posemètres indépendants ont l’avantage de réunir en un seul objet la fonction logicielle (c’est-à-dire le calcul de l’exposition) et l’outil de mesure en mode réfléchi et incident. Les modèles de Gossen, Kenko ou Sekonic sont une garantie de fiabilité. Le plus sophistiqué est le Sekonic L-858D, compatible avec les synchronisations au flash à haute vitesse et capable de mesurer la durée d’un flash.

Portrait en lumière incidente

En studio, quand l’argentique dominait, l’éclairage des flashes ou de la lumière continue était ajusté en lumière incidente. En numérique, ce type de mesure reste pertinent, ne serait-ce que pour contrôler l’intensité de l’éclairage et le ratio entre les hautes lumières et les ombres. C’est aussi une façon de s’approprier la lumière.

Reproduction d’œuvre d’art

Une répartition précise de la lumière est essentielle pour les reproductions d’œuvres d’art (ici une œuvre de Simone Francq). La plupart des posemètres indépendants affichent les mesures au 1/10e de diaphragme, une précision qu’aucun appareil de prise de vue n’atteint. La lumière incidente est encore la référence.

Rapide comme l’éclair

Il est impossible d’évaluer à l’œil nu l’intensité d’un flash. La plupart des posemètres compatibles avec l’éclairage des flashes effectue des mesures pour des synchronisations jusqu’à 1/500 s ou 1/1000 s. Le Sekonic L-858D peut monter jusqu’à 1/16000 s. 

Pour figer une action “gelée” avec un flash, la connaissance de sa durée est fondamentale. Le Sekonic L-858D propose une mesure du flash de 1/40 s à 1/55500 s. A partir de 1/8000 s, on est sûr de figer un mouvement vif.

Découvrez les formations proposées par Spéos pour devenir photographe

Spéos propose différentes formations allant du stage de photographie en une semaine (initiation et perfectionnement) à des formations de photographie professionnelle en 2 ans.

Les formations longues pour devenir photographe professionnel permettent non seulement de maîtriser toute la technique et le vocabulaire photographiques (flous, hyperfocale, zone de netteté, profondeur de champ, contre-jour, focale, déclencheur, autofocus, grand-angle, règle des tiers, etc.), mais aussi toutes les étapes de shooting et de traitement d’image.

Venir visiter l’école permet de découvrir les locaux, les studios et les équipements.
En plus des journées portes ouvertes, Spéos propose tout au long de l’année des visites sur rendez-vous pour venir découvrir l’école en compagnie d’un membre de l’équipe.

Texte et photos : Philippe Bachelier, professeur de Techniques d’impression à Spéos