Travailler avec une focale fixe plutôt qu’un zoom nous oblige à plus de créativité pour cadrer. Mais parfois, l’angle est trop étroit. Comment l’élargir ? L’assemblage est le remède, grâce à la multiplication des vues.


Des photographes célèbres comme Henri Cartier-Bresson ou Alex Webb se limitent à une focale fixe, comme un 50 mm ou un 35 mm. En travaillant la composition avec un angle de champ déterminé, ils adoptent une certaine philosophie : ils ne se dispersent pas avec les multiples possibilités de cadrage d’un zoom, ils maintiennent une certaine distance par rapport au sujet, ils voyagent avec un matériel léger, etc. Si les puristes refusent de recadrer, les plus pragmatiques éliminent en postproduction les éléments superflus et distrayants situés en bordure du cadre.
Focale trop courte
Mais quid des situations où la focale contraint un champ trop étroit ? Où le recul est impossible ? Où l’éloignement du sujet fait entrer des éléments indésirables dans le cadrage ? La solution est de multiplier les prises de vues afin de couvrir l’intégralité de la scène, puis d’assembler les images en postproduction, par voie logicielle. Mais quelques précautions s’imposent.
Anticiper l’assemblage
À la prise de vue, le trépied n’est pas indispensable, mais la mise au point doit être la même sur toutes les images. C’est à la fois utile pour faciliter l’assemblage ultérieur que pour conserver une cohérence entre les plans nets et les plans flous. Commencez les prises de vues en photographiant ce qui sera le centre de la composition finale. Les images doivent suffisamment se recouvrir les unes par rapport aux autres.
Par sécurité, prévoyez au moins 1/4 de surface commune entre chaque vue. Le réglage de l’exposition (sensibilité ISO, diaphragme, vitesse) doit être préférablement le même, comme s’il s’agissait d’une même prise de vue. Un mode d’exposition manuel est donc plus approprié. Le réglage de la balance des blancs, s’il est calé sur le mode automatique, peut changer d’une vue à l’autre : il sera uniformisé en postproduction.

Avec six vues, la maison est enregistrée dans son intégralité. La première photo est le bâtiment pris frontalement. Les autres sont en décalage par rapport à la première et se recoupent largement. L’ensemble du champ couvert par les différentes prises de vues va composer l’image finale.
Fusionner les vues
Les vues sont fusionnées dans Lightroom (ou Photoshop ou d’autres logiciels similaires) en sélectionnant dans le menu du module Bibliothèque ou Développement Photo > Fusion de photos > Panorama… Les paramètres de fusion des images dans Lightroom sont très efficaces et offrent plusieurs variations d’assemblage : sphérique, cylindrique et perspective.
La projection sphérique aligne et modifie les images comme si elles étaient mises en correspondance à l’intérieur d’une sphère. Ce mode convient aux panoramas très larges. La projection cylindrique assemble les images comme si elles étaient agencées à l’intérieur d’un cylindre. Si elle fonctionne pour les panoramas larges, conservant les lignes verticales droites, elle cintre les lignes horizontales, tout comme la projection sphérique.


Après avoir choisi la fusion des photos, si les vues présentent un écart d’exposition, même d’un seul tiers de diaphragme, les images sélectionnées pourront être considérées comme des candidates au HDR. Le but n’étant pas de créer une image HDR, il faut cliquer sur Non et continuer en mode Panorama simple.


La première projection disponible est le mode sphérique. Quand le sujet présente des lignes horizontales et verticales, les premières se cintrent et sont donc impropres. On peut les réserver pour les paysages. Le mode cylindrique présente le même type de déformation.
Mode Perspective
Ces modes sont bien adaptés au paysage, mais ils ne le sont pas pour des éléments architecturaux, contrairement à la projection en perspective, laquelle se réfère à une surface plane. Ce mode conserve les lignes rectilignes droites, mais a tendance à étirer les côtés.
Comme la projection en perspective se cale sur l’image du milieu de la scène pour construire la fusion, il convient de soigner celle-ci à la prise de vue. Enfin, si les images comportent des personnages qui ne se superposent pas entre les vues, ils seront conservés dans le montage final.


La projection en perspective offre le meilleur mode de fusion si l’on souhaite conserver des lignes horizontales et verticales rectilignes. Elle est à privilégier pour les fusions d’images d’architecture. Bien sûr, on peut passer d’une projection à l’autre pour retenir la plus adéquate.
Le recadrage automatique élimine les bords inégaux générés par la fusion (un recadrage manuel dans Lightroom reste possible quand le recadrage automatique n’est pas sélectionné). L’option de déformation des bords conserve le contenu des images.
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Texte et photos : Philippe Bachelier, professeur de Techniques d’impression à Spéos