Une image numérique prend un parfum argentique quand on lui ajoute du grain. Cette pratique demande quelques précautions. Internet ou tirage papier, le grain s’ajuste pour la taille de sortie. Des essais s’imposent.


Le grain est inhérent à l’image argentique. Sa visibilité dépend du taux d’agrandissement de l’image sur le tirage. Prenons un cas pratique : Martinique, d’André Kertész, prise le 1er janvier 1972. Le photographe utilise un 24×36. L’image est recadrée, avec un grain bien présent sur un tirage de taille moyenne comme celui appartenant aux collections du Centre Pompidou : taille de l’image 19 x 24,8 cm. Sur un agrandissement comme celui de l’ICP (www.icp.org/browse/archive/objects/martinique) dont l’image est de 39,1 x 49,8 cm, le grain est de fait plus marqué.
Grain argentique, une affaire d’agrandissement
À la même époque, l’Américain George Tice (1938-2025) emploie une chambre 8×10 pouces (20,4 x 25,4 cm) avec du film Tri-X Pro, d’une sensibilité de 320 ISO. Ses tirages sont très peu agrandis, le plus souvent en 40×50 cm, d’où l’absence de grain visible, alors que sa structure est similaire à celle de la pellicule qu’emploie Kertész.
Sur un tirage, plus l’agrandissement est important, plus il est visible.

Observée en petit format, cette prise de vue réalisée avec du film TMAX 400 en format 24×36 (Leica M4-2 et objectif Zeiss ZM 50 mm Planar) ne présente aucun grain. Sur un agrandissement d’un mètre et demi, dont on voit le détail à droite, le grain est marqué.
Grain numérique, une affaire de dosage
Quand on injecte du grain dans une image numérique, pour lui apporter une touche d’aspect argentique, quel que soit le logiciel employé (DXO FilmPack, Lightroom, Nik Silver Efex), son apparence varie en fonction de trois paramètres : le nombre de pixels de l’image, le dosage du grain et l’utilisation finale de l’image. Le même dosage de grain sur une image de 4000 x 6000 pixels ou de 1000 x 1500 pixels donnera une granulation différente sur un tirage de 10 cm de long.
Il faut donc adapter le grain à celle-ci et l’intégrer en dernier en fonction de l’aspect recherché. Dans Lightroom et Photoshop (calque de grain), le grain est contrôlé par 3 curseurs. Quantité contrôle l’intensité globale du grain. Taille règle la taille des particules de grain individuelles. Cassure modifie le caractère aléatoire du grain pour un aspect plus lisse ou plus rugueux.



La taille de l’image de départ est 4000 x 6000 pixels (prise avec un Nikon D600). Une copie est exportée en réduisant sa taille à 1000 x 1500 pixels. Le même réglage du grain est appliqué dans Lightroom aux deux images, lequel est volontairement marqué. Quand on compare l’effet du grain observé à 100% , il est différent selon qu’il est appliqué à l’image de 24 MP ou de 1,5 MP. Sur le détail de l’image en haute définition (à gauche), le grain est mou, alors que sur la version en basse définition, il est plus sec, plus net.
Internet et réseaux sociaux
Si l’image est utilisée pour les réseaux sociaux, par exemple Instagram, la définition recommandée est 1080 x 1080 pixels. On exporte d’abord l’image à cette résolution, puis on ajoute le grain, dosé en fonction de l’effet souhaité.
Il suffit de télécharger l’image sur le réseau et vérifier s’il convient.
Pour un site internet, le problème est plus épineux en raison de la variété de résolution des écrans. La plupart des sites internet utilisent aujourd’hui un affichage adaptatif. Une image Full HD occupant toute la surface d’un écran UHD (3840 x 2160 pixels) apparaît moins nette en raison de l’interpolation d’affichage.
Le grain est dilué. Doser sa présence en postproduction est donc une affaire de compromis entre l’apparence du grain sur un affichage “pixel pour pixel” (1 pixel de l’image = 1 pixel de l’écran) et une représentation interpolée.

Sur les réseaux sociaux, comme Instagram ici, il suffit de télécharger l’image sur un téléphone ou une tablette pour vérifier que le dosage du grain convient.
Site_Internet.jpg

Pour un site web, la démarche est similaire. Lors de la création d’une page ou l’ajout d’une photo à une galerie, on vérifie immédiatement à l’écran que le réglage du grain est satisfaisant.
Grain et tirage
Pour le tirage, les enjeux sont différents. Chaque type d’imprimante possède une résolution d’adressage spécifique, résolution à partir de laquelle les pixels de l’image sont transformés en gouttelettes d’encre. Par exemple, sur les Epson jusqu’au format A2, elle est de 360 ppp. Un fichier de résolution différente de ces valeurs est automatiquement interpolé par le pilote d’impression. Pour qu’un grain soit imprimé sans perte de netteté ou de structure, il faut l’intégrer sur un fichier dont la résolution est identique à la résolution d’adressage.
Prenons l’exemple de l’image d’ouverture provenant d’un Nikon Df, qui est de 4928 x 3280 pixels. Si on l’imprime en 40 x 60 cm, la résolution du fichier devient 4928 pixels / 60 cm, soit 82,13 pixels/cm ou 208,62 pixels/pouce. Si j’applique du grain sur ce fichier, il sera légèrement cassé par l’interpolation de la résolution, qui passera de 208,62 à 360 ppp dans le pilote d’impression. Il vaut donc mieux rééchantillonner l’image à 360 ppp, puis intégrer le grain. Ainsi, il sera restitué nettement sur le tirage, car sans interpolation.
Reste que la taille du grain sera à déterminer au cas par cas, en fonction de la granulation souhaitée. Des essais s’imposent. Il n’y a pas de recette magique. On imprime à la taille désirée et on modifie le grain dans le logiciel si on le trouve trop ou pas assez présent.

Le fichier d’un Nikon Df est de 4928 x 3280 pixels. Sans rééchantillonnage, avec une résolution de 360 ppp, qui est la résolution native d’une imprimante Epson A3+ ou A2, la taille d’impression devient 34,77 x 23,14 cm.

Sans rééchantillonnage, pour un tirage de 60 cm de long, la résolution descend à 208,62 ppp. Le pilote d’une imprimante Epson A3+ ou A2 interpole l’image à 360 ppp. Si du grain a été ajouté au fichier, l’interpolation floute un peu le grain.

En rééchantillonnant à 360 ppp pour 60 cm de long, l’interpolation floute forcément un peu le fichier puisque des nouveaux pixels sont artificiellement créés pour agrandir l’image. Mais le grain, qui va être ajouté sur cette nouvelle base de 360 ppp, apportera une structure nette à l’image.

Le grain est ajusté pour l’adapter à la taille de sortie. Sur un affichage à 100% le grain peut paraître excessif, mais il sera moins présent sur le tirage. Des essais d’impression sont nécessaires pour déterminer l’apparence souhaitée. Le principe d’ajout de grain reste le même avec d’autres logiciels : grain de Lightroom, de Nik Silver Efex, etc.
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Texte et photos : Philippe Bachelier, professeur de Techniques d’impression à Spéos