Estimer la lumière

Les boîtiers numériques calculent automatiquement l’exposition.
Beaucoup d’appareils argentiques dépourvus de posemètre nous obligent à déterminer l’exposition par d’autres moyens. Et si on essayait de la deviner ?

Connaissez-vous le jeu du panier garni ? Les joueurs doivent deviner le poids d’un filet rempli de provisions. Les expériences de la vie quotidienne, comme soulever régulièrement une bouteille d’eau d’un litre, permettent d’évaluer le poids du filet. Dans le même esprit, on pourrait appliquer ce jeu à la mesure de la lumière.

Mais comment estimer la bonne exposition d’un film ou d’un capteur numérique à partir de notre seule observation de la lumière ? La question peut paraître incongrue puisque nos appareils sophistiqués intègrent un spotmètre. Mais l’exercice est utile pour plusieurs raisons.

Apprivoiser la lumière

Commençons par un argument philosophique, même s’il paraît déroutant dans le cadre d’un réglage de sensibilité ISO, de vitesse et de diaphragme. Le peintre Georges Braque (1882-1963) recommandait régulièrement à ses visiteurs la lecture du livre d’Eugen Herrigel, Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc. Il en offrit un exemplaire à Henri Cartier-Bresson (1908-2004) dont la lecture fut une révélation. Herrigel (1884–1955) suivait l’enseignement du maître archer japonais Awa Kenzo (1880–1939). Dans la vie quotidienne comme dans l’art du tir à l’arc, Awa Kenzo proposait que l’archer, l’arc, la flèche et la cible ne forment qu’une seule chose.

Transposons cette conception à la photographie : le photographe, la lumière, l’appareil et le sujet ne font qu’un. On peut laisser au posemètre la responsabilité de choisir automatiquement l’exposition, mais la deviner participerait au processus de création. Évaluer à l’œil la bonne exposition, c’est anticiper la meilleure triade ouverture-vitesse-sensibilité. C’est la sensation de faire corps avec le moment de la prise de vue.

Règle du f/16

Pour nous aider à déterminer l’exposition à partir d’une expérience visuelle, nous utiliserons la règle du f/16. C’est un principe que tout photographe doit connaître : sous un soleil brillant, dans l’intervalle de 2 heures après le lever du soleil et 2 heures avant son coucher, l’exposition 1/ISO s à f/16 donne un résultat convenable si le sujet ou la scène présente des valeurs moyennes éclairées directement par le soleil. 

Par exemple, pour une sensibilité de 125 ISO, nous aurons 1/125 s à f/16, ou tout couple diaphragme/vitesse équivalent. C’est sur cette base de 1/ISO s à f/16 que les fabricants de films ont conçu  des tableaux d’exposition dans leur notice technique ou que certains appareils, comme de nombreux Rolleiflex, comportent ces informations sous la forme d’une plaque gravée au dos du boîtier.

Adaptation de la vitesse d’obturation

Quand la sensibilité ne correspond pas exactement à une vitesse disponible sur l’appareil, ce qui est presque systématique pour les boîtiers argentiques, on sélectionne la plus proche, par exemple 1/125 s ou 1/60 s pour un film de 100 ISO, 1/500 s ou 1/250 s pour 400 ISO.

Cela dit, en argentique, avec du négatif, il vaut mieux pencher vers une légère surexposition plutôt qu’une sous-exposition. En numérique, ce problème de décalage ISO-vitesse ne se pose pas, car les vitesses sont réglables en ⅓ d’IL, soit la même progression que pour les ISO. Et un Raw offre de la latitude.

Entraînement avec les données EXIF

En numérique, les données EXIF permettent a posteriori de vérifier la validité du principe 1/ISO s à f/16. En naviguant dans nos images avec un logiciel de type Lightroom, les informations de prises de vues contribuent à nous exercer l’œil.

Compensations

Guide d’exposition sans posemètre, sujet en extérieur
Conditions d’éclairageSujetExposition
Soleil brillant, ombres marquéesRéflectance moyenne, éclairage frontal1/ISO à f/16
Soleil brillant, ombres marquéesRéflectance élevée (plage de sable clair, mer écumeuse, neige), éclairage frontal-1 IL
Soleil brillant, ombres marquéesRéflectance moyenne, éclairage de côté+1 IL
Soleil voilé, ombres doucesRéflectance moyenne+1 IL
Nuageux clair (sans ombres marquées)Réflectance moyenne+2 IL
Nuageux foncé (sans ombres marquées). Ombre découverteRéflectance moyenne+3 IL

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Texte et photos : Philippe Bachelier, professeur de Techniques d’impression à Spéos