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Le tirage argentique, champion de la définition

Dans le studio, deux mires Edmund Optics USAF sont placées sur l’un des appareils, en horizontal et en diagonal, pour comparer la définition des tirages argentiques et jet d’encre.

La résolution d’un tirage argentique n’est limitée que par celle du film et du facteur d’agrandissement de l’image. Il fait mieux que l’impression numérique, notamment en jet d’encre.

Dans le film Gruppo di famiglia in un interno, de Luchino Visconti, Burt Lancaster joue le rôle d’un professeur à la retraite féru de peinture. Dans la première scène du film, on le voit inspecter un tableau, loupe à la main, émerveillé par les subtilités de l’œuvre. Un tirage photographique peut aussi s’apprécier en observation rapprochée, car rien ne vaut sa précision. Devenir photographe professionnel, c’est aussi apprécier ces délicates finesses.

Prise de vue

Pour vérifier cela, nous réalisons en studio plusieurs prises de vues en argentique et en numérique. La scène inclut une mire de résolution USAF 1951. En argentique, trois appareils de formats différents sont chargés avec du film noir et blanc Ilford Delta 100 (100 ISO) : un Nikon F100 pour le 24×36, un Pentax 67 pour le moyen format et une chambre 4×5 Ebony SV45U2. En numérique, un Nikon D850 de 45,7 MP calé sur 100 ISO.

Résolution d’une imprimante jet d’encre

Une imprimante jet d’encre utilise une résolution spécifique pour imprimer. La résolution la plus élevée qu’on puisse atteindre est obtenue avec les imprimantes Epson, notamment les SC-P800 ou SC-P900 est de 720 ppp. Cette résolution correspond à 14 pl/mm (paire de lignes par mm, unité de résolution couramment employée pour définir la résolution d’un système optique ou d’impression).
Un Nikon D850 délivre des fichiers de 5504 x 8256 pixels. Quand on souhaite effectuer un tirage à la résolution la plus élevée que l’imprimante est capable de délivrer, soit 720 ppp, l’image mesure 19,42 x 29,13 cm.

Résolution du film et du papier argentique

Voyons ce qui se passe en argentique sur le terrain de la résolution. D’après Kodak et Fujifilm, le pouvoir séparateur d’un film noir et blanc de 100 ISO atteint 200 pl/mm avec une mire de haut contraste (1000:1). Sur des mires de faible contraste (1,6:1), il se situe à 60 pl/mm.

Le pouvoir séparateur d’une image sur un film dépend de la résolution de ce dernier et de celle de l’objectif. Le pouvoir séparateur d’un système optique (film + objectif) est toujours inférieur au plus faible des éléments qui le composent. Un film de 100 pl/mm et un objectif de 50 pl/mm (cas d’un bon objectif de chambre) restitueront au mieux entre 33 et 45 pl/mm.

Le pouvoir séparateur d’un papier photographique atteint sans problème 100 pl/mm, notamment en noir et blanc. Un tirage par contact délivre la résolution la plus élevée que l’on puisse atteindre en photographie courante. D’où l’intérêt persistant pour la prise de vue en grand format argentique et le tirage par contact, notamment en format 8 x 10 pouces (20 x 25 cm). On obtient une résolution au moins deux fois plus grande que pour un tirage jet d’encre.

Si l’on agrandit un négatif, le pouvoir séparateur de l’image obtenue sur le tirage baisse. Plus le négatif est grand, moins on agrandit et meilleure est la définition de l’image. Le pouvoir séparateur de l’objectif d’agrandissement entre aussi en ligne de compte, réduisant le pouvoir séparateur de l’image finale.
En agrandissant 5 fois un négatif 24×36 de film 100 ISO, on atteint environ 15 pl/mm, sachant qu’un bon œil n’est pas capable de discerner mieux que 6 à 7 pl/mm à une distance d’observation de 30 cm.

Gouttelettes contre halogénures

Une imprimante jet d’encre délivre des gouttelettes d’encre de taille variable, dont les plus petites avoisinent une dizaine de micromètres. La résolution la plus élevée d’une imprimante Epson pigmentaire SC-P800 ou SC-P900 est de 2880 points par pouce (ou dpi pour « dot per inch »), soit une centaine de points par mm. Dans les zones les plus claires d’un tirage jet d’encre, les gouttes sont plus espacées que sur une portion sombre. Elles sont visibles avec une bonne loupe.

Les cristaux d’halogénures d’argent (bromure, chlorure et iodure d’argent) qui forment l’image sur un tirage argentique sont cent fois plus petits que les points d’encre pigmentaire et seul un microscope à très fort grossissement est capable de les distinguer. Les transitions sont davantage continues, contrairement à celles des gouttelettes d’encre.

Conclusion mathématique : les nuances et la haute résolution d’un tirage restent l’apanage de l’argentique… à condition de ne pas trop agrandir ses films.

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Pour obtenir des tirages avec un maximum de détails, il est important de bien connaître les réglages des systèmes d’impression. Pour cela, pas de secret : le principal est de s’entraîner ! Pour autant, commencer la photographie sans aide peut être frustrant. Entreprendre une formation ou un stage dans une école de photographie pour apprendre les bases peut donc être un bon moyen d’apprendre la technique photographique avant de se lancer.

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La mire Edmund Optics USAF version modèle de poche. Elle mesure 50 x 89 mm et reproduit une mire USAF avec 4 groupes de 6 éléments et une mire de Ronchi de 1 ligne/mm. Elle permet d’évaluer la résolution des systèmes d’imagerie.
La prise de vue est réalisée avec un Nikon D850 (45,7 MP) et un objectif AF-S Nikkor 50mm f/1.4G ouvert à f/5,6 (100 ISO, 1/45 s). Un gros plan sur la charte montre une perte de résolution dès l’élément 1 du groupe 2. On en conclut que le système possède une résolution de 60 pl/mm.
La résolution la plus élevée qu’on puisse atteindre avec une imprimante Epson est 720 ppp. Ce qui donne un tirage de 19,4 x 29,1 cm avec les 45,7 MP du D850. L’aspect du tirage jet d’encre est pointilliste. On distingue seulement l’élément 5 du groupe 1.
À partir du format 24×36 (Nikon F100, AF-S Nikkor 50mm f/1.4G, 1/30 s à f/5,6), le tirage argentique de 29,1 cm de long présente une résolution inférieure au jet d’encre, mais sans effet pointilliste. En termes de résolution, l’appareil numérique est supérieur.
Avec un format 6×7 (Pentax 67 et SMC PENTAX 67 90mm f/2,8 ouvert à f/8, 1/15 s l’élément 6 du groupe 1 est clairement visible en raison de la plus grande taille du négatif. Avantage léger à l’argentique.
En format 4×5 (Ilford Delta 100, Ebony SV45U2 et Nikkor-W 150 mm f/5,6 ouvert à 16, 1/4 s), on distingue l’élément 2 du groupe 2. La combinaison film + tirage argentique à l’agrandisseur permet d’atteindre une résolution supérieure à celle d’un capteur 24×36 de 45,7 MP et d’une imprimante jet d’encre.

Texte et photos : Philippe Bachelier, professeur de Techniques d’impression à Spéos

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